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Gil-Antoine

L'avis de Gil-Antoine

L’avis de Gil-Antoine

J’ai récemment lu un article dans le JDD sur l’état sanitaire de la Libye « la situation sanitaire s’est nettement dégradée depuis 2011 » signé par Mego Terzian, président de Médecins sans frontières. J’ai été surpris par cet article et surtout par le titre : 2011 c’est l’année où l’armée de l’OTAN a vaincu les troupes armées de Mouammar Khadafi, une victoire pour la coalition onusienne dont Nicolas Sarkozy était le porte étendard…

Oui mais voilà, ce qui semblait être une libération du peuple et le soutien des occidentaux au printemps arabe n’aurait été qu’un beau discours… On m’aurait menti. Moi qui avait foi en les politiques…

A la lecture de l’article j’apprends que l’actuel gouvernement d’union national (troisième du genre) a été imposé de force par l’ONU, qu’avant la chute de Khadafi le système sanitaire libyen était très performant et ouvert aux médecins et infirmier étrangers, que les bombardements continuent dans un pays actuellement en pleine guerre civile… sur le plan sanitaire se pose alors la question de savoir si il n’était pas préférable d’avoir le colonel Khadafi a sa tête. Fusse-t-il un dictateur.

C’est cet aspect que j’ai cherché à approfondir avec le livre de Yasmina Khadra « La dernière nuit du rais ». A sa sortie ce livre a été très médiatisé. En toute honnêteté, avant septembre 2015, je ne connaissais pas Yasmina Khadra, et j’aurai même pu vous répondre que je ne sais pas qui est « cette auteure » !

Le dernier livre de Yasmina Khadra aborde donc la vie du colonel Mouammar Khadafi, sous le prisme de sa dernière nuit. On y découvre un Raïs (« chef » en arabe) très instable émotionnellement (tantôt doux comme un agneau puis d’une incroyable violence la seconde qui suit) mais empreint d’un bon fond. A la lecture de ce livre on pourrait presque avoir une certaine affection pour le guide de la Révolution de la Grande Jamahiriya arabe libyenne populaire et socialiste, appelé plus simplement « frère guide ». On apprend à connaitre un homme, un simple bédouin investit d’une mission divine visant à libérer le peuple afin qu’il s’émancipe et s’affranchisse du joug du la monarchie nouvelle de Idris 1er ainsi que des puissance anglo-saxonnes. Sur le papier, la cause est noble… dans la mise en pratique c’est assez différent. Certes, la Libye a brillé sur le plan international (d’un point de vue économique mais aussi sous l’angle du droit des femme notamment) sous le commandement du frère Guide Khadafi ; puis la république s’est peu à peu transformée en dictature, de la Jumhuriya à la Jamahiriya.

La soirée à laquelle nous invite Yasmina Khadra nous montre bien le coté sanguinaire et cruel de Mouammar Khadafi. Mais il nous montre aussi sa volonté initiale de satisfaire le peuple, même si sa folie l’empêche d’entendre une quelconque critique. Lorsque j’ai fini le livre j’ai eu un sentiment partagé : un bédouin investit a reçu le pouvoir du peuple, puis il a dévié en un monstre illuminé ne respectant plus et n’écoutant plus le peuple. Et c’est ce peuple qui s’est retourné contre lui ; qui l’a tué. Un tyran a disparu, le peuple libyen est indéniablement plus libre. Mais est-il pour autant plus heureux ?

Si je trouve que ce livre n’est littérairement parlant pas une grande réussite, tout au plus banal, il a le mérite d’offrir un voyage au sein de la folie d’un homme mais aussi au sein de mes valeurs, de mes principes… Depuis que j’ai refermé ce biopic, quelques unes de mes certitudes ont évolué.

 


 

Quelques infos en plus

Type : Biopic
Éditeur : Julliard
Parution : Août 2015
Nombre de pages : 216 pages
Prix : 18 euros